Samuel de Champlain, Des Sauvages, ou Voyage de Samuel Champlain, de Brouage, fait en la France nouvelle l’an mil six cens trois : contenant les mœurs, façon de vivre, mariages, guerres, & habitations des Sauvages de Canadas, Paris, Claude de Monstrœil, 1603.

Commentaires : Guillaume Sirois

Transcription : Dana Vuckovic et Guillaume Sirois

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Le 27 mai 1603, peu après la traversée de l’océan, Samuel de Champlain et son équipage s’en vont « trouver » sur le site actuel de la Pointe-aux-Alouettes (près de Tadoussac) une délégation composée de membres des Nations innue (« Montagnais »), anishinaabeg (« Algoumequins ») et wolastoqiyik (« Etchemins »)[1] et présidée par celui que Champlain appelle le « grand Sagamo Anadabijou ». D’abord, deux Innus qui avaient séjourné en France font aux leurs un compte rendu de leur temps passé outre-mer. Ensuite, le Sagamo s’adresse aux Français, leur exprimant son amitié et son « aise » de voir sa terre peuplée par les sujets du roi. Son discours, comme celui des deux Innus, est rapporté indirectement par l’auteur, qui s’en sert pour légitimiser le projet colonial. Suivent un festin et une danse, auxquels les Français sont invités à se mêler.

[3 v.] Le 27. jour nous fusmes trouver les sauvages à la pointe de sainct Mathieu, qui est à une lieuë de Tadousac, avec les deux Sauvages que mena le sieur du Pont pour faire le rapport de ce qu’ils auoient veu en France, & de la bonne reception que leur avoit fait le Roy. Ayant mis pied à terre nous fusmes à la cabanne de leur grand Sagamo qui s’appelle Anadabijou, où nous le trouvasmes avec quelque 80. ou 100. de ses compagnons qui faisoient Tabagie (qui veut dire festin) lequel nous reçeut fort bien selon la coustume du pays, & nous fist assoir aupres de luy, & tous les Sauvages arangez les uns aupres des autres des deux costez de ladite cabanne. L’un des Sauvages que nous [4 r.] avions amené commença à faire sa harangue, de la bonne reception que leur avoit fait le Roy, & le bon traictement qu’ils avoient receu en France, & qu’ils s’asseurassent que sadite Majesté leur vouloit du bien, & desiroit peupler leur terre, & faire paix avec leurs ennemis (qui sont les Irocois) ou leur envoyer des forces pour les vaincre : en leur comptant aussi les beaux Chasteaux, Palais, maisons & peuples qu’ils avoient veus, & nostre façon de vivre, il fut entendu avec un silence si grand qu’il ne se peut dire de plus. Or apres qu’il eust achevé sa harangue, ledict grand Sagamo Anadabijou, l’ayant attentivement ouy, il commença à prendre du Petum, & en donner audict sieur du Pont Gravé de S. Malo, & à moy, & à quelques autres Sagamos qui estoient aupres de luy : ayant bien petunné, il commença à faire sa harangue à tous, parlant pozement, s’arrestant quelque fois un peu, & puis reprenoit sa parolle, en leur disant, Que veritablement ils devoient estre fort contens d’avoir sadicte Majesté pour grand amy, ils respondirent tous d’une voix,  « ho ho ho», qui est à dire, « ouy ouy ». Luy conti[4 v.]nuant tousjours sadicte harangue, dict, Qu’il estoit fort aise que sadicte Majesté peuplast leur terre, & fist la guerre à leurs ennemis, qu’il ny avoit nation au monde a qu’ils voulussent plus de bien qu’aux François : En fin il leur fit entendre à tous le bien & utilité qui ils pourroient recevoir de sadicte Majesté : Apres qu’il eust achevé sa harangue, nous sortismes de sa Cabanne, & eux commencerent à faire leur Tabagie, ou festin, qu’ils font avec des chairs d’Orignac, qui est comme [sic] bœuf, d’Ours, de Loumarins & Castors, qui sont les viandes les plus ordinaires qu’ils ont, & du gibier en quantité : ils avoient huict ou dix chaudieres, pleines de viandes, au milieu de ladicte cabanne, & estoient esloignees les unes des autres quelque six pas, & chacune a son feu. Ils sont assis des deux costez (comme j’ay dit cy-dessus) avec chacun son escuelle d’escorce d’arbre : & lors que la viande est cuitte il y en a un qui fait les partages à chacun dans lesdictes escuëlles, où ils mangent fort sallement : car quand ils ont les mains grasses, ils les frotent à leurs cheveux, ou bien au poil de leurs chiens, dont ils ont quantité pour la chasse. Premier [5 r.] que leur viande fut cuitte, il y en eust un qui se leva, & print un chien, & s’en alla sauter autour desdictes chaudieres d’un bout de la cabanne à l’autre : Estant devant le grand Sagamo, il jetta son chien à terre de force, & puis tous d’une voix ils s’escrierent « ho, ho, ho » : ce qu’ayant faict, en alla asseoir à sa place. En mesme instant, un autre se leva, & feist le semblable, continuant tousjours, jusques à ce que la viande fust cuitte. Or apres avoir achevé leur Tabagie, ils commencerent à dancer, en prenant les testes de leurs ennemis, qui leur pendoient par derriere : En signe de resjouïssance, il y en a un ou deux qui chantent en accordant leur voix par la mesure de leurs mains qu’ils frappent sur leurs genoux, puis ils s’arrestent quelques-fois, en s’escriant, « ho, ho, ho », & recommencent à dancer en soufflant comme un homme qui est hors d’aleine : Ils faisoient ceste resjouïssance pour la victoire par eux obtenüe sur les Irocois, dont ils en avoient tué quelque cent, ausquels ils couperent les testes, qu’ils avoient avec eux pour leur ceremonie.

Le lendemain, au lever du jour, le Sagamo réveille promptement les siens, puis le groupe déserte l’endroit très rapidement. Champlain affirme que les Autochtones se rendent au port de Tadoussac visiter le navire de « leurs bons amis » les Français.

[5 v.] […] Le vingt-huictiesme jour dudit mois, ils se vindrent cabanner audit port de Tadousac, où estoit nostre vaisseau. A la point du jour, leurdit grand Sagamo sortit de sa cabanne, allant autour de toutes les autres cabannes, en criant à haute voix, Qu’ils eussent à desloger pour aller à Tadousac, où estoient leurs bons amis : Tout aussi tost un chacun d’eux deffit sa cabanne, en moins d’un rien, & ledit grand Capitaine le premier commença à prendre son Canot, & le porter à la mer, où il embarqua sa femme & ses enfans, & quantité de fourreures, & se meirent ainsi pres de deux cents Canots, qui vont estrangement : Car encore que nostre Chaloupe fut bien armee, si alloient-ils plus viste que nous. 

Dans le chapitre suivant, après avoir parlé d’autres « resjouïssance[s] » que fit le 9 juin de la même année le même regroupement, Champlain s’épanche sur les mœurs de ceux qu’il appelle les « Sauvages ». Il mentionne que, d’après lui, ils s’adapteraient bien une vie à l’européenne, mais pense toujours se faire tromper lorsqu’un d’entre eux lui parle. Ensuite, pour montrer qu’ils « n’ont point de loy », il met en scène une conversation qu’il aurait eue avec le Sagamo Anadabijou sur les différences entre leurs croyances. L’auteur discrédite celles de son interlocuteur.

[8 r.] […] Je tiens que qui leur monstreroit à vivre & enseigner le labourage des terres, & autres choses, ils l’apprendroient fort bien ; car je vous asseure qu’il s’en trouve assez qui ont bon jugement, & respondent assez bien à propos sur ce que l’on leur pourroit demander : ils ont une meschanceté en eux, qui est, user de vengeance & estre grands menteurs, gens en qui il ne fait pas trop bon s’asseurer, sinon qu’avec raison & la force à la main ; promettent assez & tiennent peu : Ce sont la pluspart gens qui n’ont point de loy, selon que j’ay peu voir, & m’informer audit grand Sagamo, lequel me dit, Qu’ils [8 r.] croyoient veritablement, qu’il y a vn Dieu qui a creé toutes choses. Et lors je luy dis, « Puis qu’ils croyoient à un seul Dieu, Comment est-ce qu’il les avoit mis au monde, & d’où ils estoient venus ? » il me respondit, « Apres que Dieu eut fait toutes choses, il print quantité de fleches, & les mit en terre, d’où il sortit hommes & femmes, qui ont multiplié au monde jusques à present, & sont venus de ceste façon ». Je luy respondis que ce qu’il disoit estoit faux : mais que veritablement il y avoit un seul Dieu, qui avoit creé toutes choses, en la terre, & aux cieux : Voyant toutes ces choses si parfaites, sans qu’il y eust personne qui gouvernast en ce bas monde, il print du limon de la terre, & en crea Adam nostre premier pere : comme Adam sommeilloit, Dieu print une cotte dudict Adam, & en forma Eve, qu’il luy donna pour compagnie, & que c’estoit la verité qu’eux & nous estions venus de ceste façon, & non de fleches commes ils croyent. Il ne me dit rien, sinon, Qu’il advoüoit plustost ce que je luy disois, que ce qu’il me disoit. Je luy demandis aussi, s’ils ne croyoit [sic] point qu’il y eut autre qu’un seul Dieu : il me dit que leur [9 r.] croyance estoit, Qu’il y avoit un Dieu, un Fils, une Mere, & le Soleil, qui estoient quatre ; Neantmoins que Dieu estoit par dessus tous, mais que le Fils estoit bon & le Soleil, à cause du bien qu’ils recevoient : Mais la mere ne valloit rien, & les mangeoit, & que le Pere n’estoit pas trop bon. Je luy remonstray son erreur selon nostre foy, enquoy ils adjousta quelque peu de creance. Je luy demandis s’ils n’avoient point veu ou ouyr dire à leurs ancestres que Dieu fust venu au monde, il me dit, Qu’il ne l’avoit point veu : mais qu’anciennement il y eust cinq hommes qui s’en allerent vers le Soleil couchant, qui rencontrerent Dieu, qui leur demanda, « Où allez vous ? » ils dirent, « Nous allons chercher nostre vie ». Dieu leur respondit, « Vous la trouverrez icy ». Ils passerent plus outre, sans faire estat de ce que Dieu leur avoit dit, lequel print une pierre, & en toucha deux, qui furent transmuez en pierre : Et dit derechef aux trois autres, « Où allez vous ? » & ils respondirent comme à la premiere fois, & Dieu leur dit derechef, « Ne passez plus outre vous la trouverrez icy » : Et voyant qu’il ne leur venoit rien, ils passerent outre ; & Dieu print [9 v.] deux bastons, & il en toucha les deux premiers, qui furent transmuez en bastons, & le cinquiesme s’arresta, ne voulant passer plus outre : Et Dieu luy demanda dererchef, « Où vas-tu ? » « Je vois chercher ma vie », « Demeure, & tu la trouveras » : Il demeura sans passer plus outre, & Dieu luy donna de la viande, & en mangea ; Apres avoir faict bonne chere, il retourna avec les autres sauvages, & leur racompta tout ce que dessus. Il me dit aussi, Qu’une autre fois il y avoit un homme qui avoit quantité de Tabac, (qui est une herbe dequoy ils prennent la fumee) & que Dieu vint à cest homme, & luy demanda où estoit son petunoir, l’homme print son petunoir, & le donna à Dieu, qui petuna beaucoup ; apres avoir bien petuné, Dieu rompit le dict petunoir en plusieurs pieces, & l’homme luy demanda, « Pourquoy as-tu rompu mon petunoir, & tu vois bien que je n’en ay point d’autre ? » Et Dieu en print un qu’il avoit, & le luy donna, luy disant, « en voilà un que je te donne porte le à ton grand Sagamo, qu’il le garde, & s’il le garde bien, il ne manquera point de chose quelconque, ny tous ses compagnons » : ledit homme print le petunoir, [10 r.] qu’il donna à son grand Sagamo, lequel tandis qu’il l’eut, les Sauvages ne manquerent de rien du monde : Mais que du depuis ledit Sagamo avoit perdu ce petunoir, qui est l’occasion de la grande famine qu’ils ont quelque-fois parmy eux. Je luy demandis s’il croioit tout celà, Il me dit qu’ouy, & que c’estoit verité. Or je croy que voilà pourquoy ils disent que Dieu n’est pas trop bon. Mais je luy repliquay & luy dis, Que Dieu estoit tout bon, & que sans doubte c’estoit le diable qui s’estoit monstré à ces hommes là, & que s’ils croioient comme nous en Dieu, ils ne manqueroient de ce qu’ils auroient besoing. Que le Soleil qu’ils voyoient, la Lune & les Estoilles avoient esté crees de ce grand Dieu, qui a faict le ciel & la terre, & n’ont nulle puissance que celle que Dieu leur a donnee, Que nous croyons en ce grand Dieu, qui par sa bonté nous avoit envoyé son cher fils, lequel conceu du S. Esprit, print chair humaine dans le ventre virginal de la vierge Marie, ayant esté trente trois ans en terre, faisant une infinité de miracles, ressuscitant les morts, guerissant les malades, chassant les diables, illuminant les aveugles, enseignant aux [10 v.] hommes la volonté de Dieu son Pere, pour le servir, honnorer, & adorer, a espandu son sang, & souffert mort & passion pour nous & pour nos pechez, & rachepté le genre humain, estant ensevely est ressuscité, descendu aux enfers, & monté au ciel, où il est assis à la dextre de Dieu son Pere, Que c’estoit la là croyance de tous les Chrestiens, qui croyent, au Pere, au Fils, & au S. Esprit, qui ne sont pourtant trois Dieux, ains un mesme, & un seul Dieu, & une Trinité, en laquelle il n’y a point de plustost ou d’apres, rien de plus grand ne de plus petit. Que la vierge Marie mere du fils de Dieu, & tous les hommes & femmes qui ont vescu en ce monde, faisant les commandemens de Dieu, & enduré martyre pour son nom, & qui par la permission de Dieu ont fait des miracles, & sont saincts au ciel en son Paradis, prient tous pour nous ceste grande Majesté divine, de nous pardonner nos fautes & nos pechez que nous faisons contre sa loy & ses commandemens, Et ainsi par les prieres des saincts au ciel, & par nos prieres que nous faisons à sa divine Majesté, il nous donne ce que nous avons besoing, & le diable n’a nulle puissance sur nous : & ne [11 r.] nous peut faire de mal, Que s’ils avoient ceste croyance, qu’ils seroient comme nous, que le diable ne leur pourroit plus faire de mal, & ne manqueroient de ce qu’ils auroient besoing. Alors ledict Sagamo me dit, qu’il advoüoit ce que je disois. Je luy demandis de quelle ceremonie ils usoient à prier leur Dieu : Il me dist, Qu’ils n’usoient point autrement de ceremonies, sinon qu’un chacun prioit en son cœur comme il vouloit : Voilà pourquoy je croy qu’il n’y a aucune loy parmy eux, ne sçavent que c’est d’adorer & prier Dieu, & vivent la plus part comme bestes brutes, & croy que promptement ils seroient reduicts bons Chrestiens si l’on habitoit leurs terres, ce qu’ils desireroint la plus part : Ils ont parmy eux quelques Sauvages qu’ils appellent Pilotoua, qui parlent au diable visiblement, & leur dit ce qu’il faut qu’ils facent, tant pour la guerre, que pour autres choses, & que s’il leur commandoit qu’ils allassent mettre en execution quelque entreprise, ou tuër un François, ou un autre de leur nation, ils obeiroient aussi tost à son commandement. Aussi ils croient que tous les songes qu’ils font sont veritables, & de fait, il y en a [11 v.] beaucoup qui disent avoir veu & songé choses qui adviennent ou adviendront : Mais pour en parler avec verité, ce sont visions du Diable, qui les trompe & seduit : Voilà toute la creance que j’ay peu apprendre d’eux qui est bestiale.

Quelques lignes plus loin, Champlain évoque « leurs » coutumes funéraires. Après les avoir décrites brièvement, il rapporte indirectement le discours d’un Autochtone ayant à trait à « leur » croyance en l’immortalité des âmes.

[12 r.] […] Pour ce qui est de leurs enterremens, quand un homme ou femme meurt, ils font une fosse, où ils mettent tout le bien qu’ils auront, comme chaudrons, fourrures, haches, arcs & fleches, robbes, & autres choses, & puis ils mettent le corps dedans la fosse, & le couvrent de terre où ils mettent quantité de grosses pieces de bois dessus, & un bois debout qu’ils peignent de rouge par le haut. Ils croyent l’immortalité des ames, & disent qu’ils [12 v.] vont se resjoüir en d’autres pays avec leur parens & amis quand ils sont morts.

En reprenant indirectement les témoignages d’alliés autochtones, Champlain décrit les affluents de la rivière Saguenay, qu’il a remontée « à quelque douze ou quinze lieuës » au début de juin 1603. Au long de ces affluents, les Innus commercent avec « d’autres nations du costé Nort », échangent des produits européens, acquis le long du fleuve auprès des Français, contre des pelleteries. Selon les informateurs de Champlain, les membres de ces nations du nord affirment qu’il y a au nord « une mer qui est salee[2] », dont l’auteur devine qu’elle fait partie de l’Atlantique.

[12 v.] Le II. jour de Juin je fus à quelque douze ou quinze lieuës dans le Saguenay, quiest une belle riviere, & a une profondeur incroyable, car je croy, selon que j’ay entendu deviser d’où elle procede, que c’est d’un lieu fort haut, d’où il descend un torent d’eau d’une grande impetuosité […]. [13 r.] […] Ils [les alliés Innus] me feirent rapport, qu’ayant passé le premier saut, d’où vient ce torrent d’eau, ils passent huict autres sauts, & puis vont une journee sans en trouver aucun, puis passent autres dix sauts, & viennent dedans un lac[3], où ils sont deux jours à rapasser, en chasque jour ils peuvent faire à leur aise quelque douze à quinze lieuës ; audit bout du lac, il y a des peuples qui sont cabannez, puis on entre dans trois autres rivieres[4] quelques trois ou quatre journees dans chacune, où au bout desdites rivieres, il y a deux ou trois manieres de lacs, d’où prend la fource du Saguenay, de laquelle fource jusques audit port de Tadousac, il [13 v.] y a dix journees de leurs Canos. Au bord desdites rivieres, il y a quantité de cabannes, d’où il vient d’autres nations du costé du Nort, troquer avec lesdits Montagnez des peaux de castor & martre, avec autres marchandises que donnent les vaisseaux François ausdicts Montaignez. Lesdicts Sauvages du Nort disent, qu’ils voyent une mer qui est salee : Je tiens que si cela est, que c’est quelque gouffre de ceste mer qui desgorge par la partie du Nort dans les terres, & de verité il ne peut estre autre chose. Voilà ce que j’ay apprins de la riviere de Saguenay.

Le 18 juin 1603, Champlain et son équipage quittent Tadoussac et poursuivent leur exploration du fleuve. Dans les derniers jours du mois, passant entre Québec et Trois-Rivières, l’auteur visite une série de rivières. Il décrit la plus grosse, puis considère les arbres qui couvrent les terres environnantes.  

[16 v.] Nous […] passasmes pres d’une petite isle qui est proche de la bande du Nord, où je fus, à quelques six petites rivieres, dont il y a en a deux qui peuvent porter bateaux assez avant, & une autre qui a quelque 300. pas de large. A son entree il y a quelques isles, elle va fort avant dans terre, est la plus creuse de toutes les autres, lesquelles [17 r.] sont fort plaisantes à voir, les terres estant pleines d’arbres qui ressemblent à des noyers, & en ont la mesme odeur, mais je n’y ay point veu de fruict, ce qui me met doubte ; Les Sauvages m’ont dict qu’il porte son fruit comme les nostres.

À la fin de juin 1603, l’équipage atteint Trois-Rivières. Champlain envisage la colonisation d’une des îles qui occupent l’embouchure de la Saint-Maurice. Selon lui, cette île offre une position propice à commercer avec les Premiers peuples. D’un côté, il affirme en se fiant aux dires des premiers habitants, que l’île en question offre une voie directe, grâce à un certain lac, à la rivière Saguenay (donc au territoire innu). D’autre part, il croit que l’érection d’une habitation à cet endroit diminuera les attaques haudenosaunee (iroquoises) envers les nations alliées venant du Sud et de l’Ouest, ce qui favoriserait le commerce.  

[17 v.] […] En ceste riviere il y a six isles, trois desquelles sont fort petites, & les autres de quelque cinq à six cens pas de long, fort plaisantes & fertilles, pour le peu qu’elles contiennent. Il y en a une au milieu de ladite riviere qui regarde le passage de celle de Canadas, & commande aux autres esloignees de la terre, tant d’un costé que d’autre de quatre à cinq cens pas […] : Ce seroit à mon jugement un lieu propre pour habiter, & pourroit-on le fortifier promptement, car situation est forte de soy, & proche d’un grand lac qui n’en est qu’à quelque quatre lieuës, lequel presque joinct la riviere du Saguenay, selon le rapport des Sauvages qui vont pres de cent lieuës au Nort, & passent nombre de saults, puis vont par terre quelque cinq ou six lieues, & entrent dedans un lac, d’où ledit Saguenay prend la meilleure part de sa source, & lesdits Sauvages viennent dudit lac à Tadousac. Aussi que l’habitation des trois [18 r.] Rivieres seroit un bien pour la liberté de quelques nations qui n’osent venir par là, à cause desdits Irocois, leur ennemis, qui tiennent toute ladite riviere de Canadas bordee : mais estant habité, on pourroit rendre lesdits Irocois & autres Sauvages amis, où [sic] à tout le moins sous la faveur de ladite habituation, lesdits Sauvages viendroient librement sans crainte & danger : d’autant que ledit lieu des trois rivieres est un passage.

Le 29 juin 1603, l’équipage pénètre les eaux du lac Saint-Pierre (Nebesek en w8banakiak). Considérant les terres qui s’étendent au nord du lac, Champlain fait appel au propos de ses alliés autochtones afin d’en mesurer la valeur.

[18 v.] […] Le […] 29. de Juin nous entrasmes dans le lac, qui a quelque 15. lieües de long, & quelque 7. ou 8. lieües de large […] [19 r.] […]. Du costé du Nort, où la terre y paroist fort haute, on void jusques à quelques vingt lieües, mais peu à peu les montaignes viennent en diminuant vers l’Oüest comme pays plat : les Sauvages disent que la plus part de ces montagnes sont mauvaises terres […].  

Le lendemain, 30 juin 1603, Champlain et ses hommes arrivent à l’entrée de la « riviere des Irocois » (la rivière Richelieu ou Masesolianteg en w8banakiak), où sont « cabannez & fortiffiez les Sauvages qui […] alloient faire la guerre » [19 v.] aux Haudenosaunee. L’équipage monte alors la rivière le plus en amont possible avant d’être arrêté par le courant. Afin de décrire ce qui se trouve au-delà de ce qu’ils ont vu, Champlain fait appel, indirectement, au discours d’alliés autochtones.

[19 v.] […] Nous fusmes dans la riviere des Irocois quelques cinq ou six lieues, & ne peusmes passer plus outre avec nostre barque, à cause du grand cours d’eau qui dessent, & aussi que l’on ne peut aller par terre & tirer la barque pour la quantité d’arbres qui sont sur le bord : Voyans ne pouvoir advancer d’avantage, nous prinsmes nostre esquif, pour voir si le courant [20 r.] estoit plus adoucy, mais allant à quelques deux lieues il estoit encores plus fort, & ne peusmes avancer plus avant  : Ne pouvant faire autre chose nous nous en retournasmes en nostre barque : Toute ceste riviere est large de quelque trois à quatre cens pas, fort saine, nous y vinsmes cinq isles […] : Toutes ces terres sont couvertes d’arbres, & terres basses, comme celles que j’avois veu auparavant […] : La terre ne laisse d’y estre bonne, bien qu’elle soit quelque peu sablonneuse. Ceste riviere va comme au Surouest. Les Sauvages disent, qu’à quelque quinze lieues d’où nous avions esté, il y a une sault qui vient de fort hault , où ils portent leurs canos pour le passer environ un quart de lieue, & entrent dedans un lac, où à l’entree il y a trois isles ; & estant dedans, ils en rencontrent encores quelques-unes, il peut contenir quelque quarante ou cinquante lieues de long, & de large quelque vingt cinq lieues, dans lequel descendent quantité [20 v.] de rivieres jusques au nombre de dix, lesquelles portent canos assez avant : Puis venant à la fin dudit lac, il y a un autre sault, & rentrent dendans un autre lac, qui est de la grandeur dudit premier, au bout duquel sont cabannez les Irocois. Ils disent aussi qu’il y a une riviere qui va rendre à la coste de la Floride, d’où il y peut avoir dudit dernier lac, quelque cent ou cent quarante lieues : tout le païs des Irocois est quelque peu montagneux, neantmoiins païs tresbon, temperé, sans beaucoup d’hyver, que fort peu.

Le premier de juillet 1603, Champlain navigue entre l’embouchure ouest du lac Saint-Pierre et l’Île de Montréal. Longeant, la rive sud du fleuve, il aperçoit deux montagnes que l’on peut deviner être les monts Saint-Hilaire (Wigw8madensis en w8banakiak) et Saint-Bruno. Il fait alors appel aux savoir de ses alliés autochtones pour situer ces monts par rapport à la rivière Richelieu (« riviere des Irocois »), qu’il a visitée la veille.

[21 r.] […] Je me meis dans un canot à la bande du Su, où je veis […] deux hautes montaignes, qui paroissoisent comme à quelque vingt lieues dans les terres : les Sauvages me dirent, que c’estoit le pre[21 v.]mier sault de ladite riviere aux Irocois.

Le lendemain, soit le 2 juillet 1603, l’équipage atteint les rapides de Lachine, que Champlain appelle « le saut ». À bord du navire, les Français parviennent tant bien que mal à passer une île qui se trouve au début des rapides (sans doute l’île aux Hérons), puis Champlain et François Gravé Du Pont tentent de continuer à bord d’une barque, accompagnés d’autochtones. Mais, le passage s’avère difficile voire impossible : l’explorateur réalise qu’ils ne pourront aller plus loin. Cet échec le mène à considérer les avantages de l’adoption, par les Européens, du mode de transport des natifs du pays, grâce auquel il serait possible d’explorer davantage le territoire.

[21 v.] […] En fin nous arrivasmes […] à l’entree du sault, avec vent en poupe […]. Du commmencement de la susdite isle, qui est au milieu de ladite entree, l’ean commence à venir de grande force : bien que nous eussions le vent fort bon, si [22 r.] ne peusmes nous en toute nostre puissance beaucoup avancer, toutesfois nous passasmes ladite isle qui est à l’entree dudit sault. Voyant que nous ne pouvions avancer, nous vinsmes mouiller l’ancre à la bande du Nort, contre une petite isle […] ; Nous appareillasmes aussi tost nostre esquif, que l’on avoit fait faire expres pour passer ledit sault : dans lequel nous entrasmes ledit sieur du Pont & moy, avec quelques autres Sauvages que nous avions menez pour nous monstrer le chemin : partant de nostre barque, nous ne feusmes pas à trois cents pas qu’il nous fallut descendre, & quelques matelots se mettre à l’eau pour passer nostre esquif : le canot des Sauvages passoit aisément : nous rencontrasmes une infinité de petits rochers qui estoient à fleur d’eau ; où nous touchions souventes fois. […] [22 v.] […] Venans à approcher dudit sault avec nostre petit esquif, & le canot, je vous [23 r.] asseurre que jamais je ne veis un torrent d’eau desborder avec une telle impetuosité comme il faict, bien qu’il ne soit pas beaucoup haut, n’estant en d’aucuns lieux que d’une brasse ou de deux & au plus de trois […] : il y a force rochers de large, & environ le milieu, il y a des isles qui sont fort estroites & fort longues, où il y a sault tant du costé desdictes isles qui sont au Su, comme du costé du Nort, où il fait si dangereux, qu’il est hors de la puissance d’homme d’y passer un bateau, pour petit qu’il soit. Nous fusmes par terre dans les bois pour en veoir la fin, où il y a une lieu, & où l’on ne voit plus de rochers ny de saults, mais l’eau y va si viste qu’il est impossible de plus ; & ce courant contient quelque trois ou quatres lieues ; de façon que c’est en vain de s’imaginer que l’on peust faire passer aucuns bateaux par lesdicts saults. Mais qui les voudroit passer, il se faudroit accommoder des Canos des Sauvages, [23 v.] qu’un homme peut porter aisement : car de porter bateaux, c’est chose laquelle ne se peut faire en si bref temps comme il le faudroit pour pouvoir s’en retourner en France, si l’on n’y hyvernoit : Et outre ce sault premier, il y en a dix autres, la plus part difficilles à passer : de façon que ce seroit de grandes peines & travaux pour pouvoir voir, & faire ce que l’on pourroit se promettre par basteau, si ce n’estoit à grands frais & despens, & encores en danger de travailler en vain : mais avec les canots des Sauvages l’on peut aller librement & promptement en toutes les terres, tant aux petites Rivieres comme aux grandes : Si bien qu’en se gouvernant par le moyen desdits Sauvages & de leurs canots, l’on pourra voir tout ce qui se peut, bon & mauvais, dans un an ou deux.

Devant l’impossibilité d’aller plus loin en amont du fleuve, Champlain questionne ses alliés autochtones afin d’en apprendre davantage sur ce qui se trouve au-delà des rapides de Lachine. L’explorateur rapporte alors un discours qu’il fait « figurer de leur main » à ses alliés, où il apprend l’existence, à l’ouest, de trois grands lacs dont l’un est si grand[5] qu’ils n’en auraient jamais vu la rive opposée. Alors que les deux premiers lacs seraient liés par un rapide « quelque peu eslevé[6] », les eaux sont calmes jusqu’au troisième. Champlain pense qu’à partir de ces lacs on peut atteindre l’océan Pacifique (« mer du Su »).

[24 r.] […] Voyans que nous ne pouvions faire d’avantage, nous en retournasme en nostre barque, où nous interrogeasmes les Sauvages que nous avions, de la fin de la riviere, que je leur fis figurer de leur main, & de quelle partie procedoit sa source. Ils nous dirent que passé le premier sault que nous avion veu, ils faisoient quelques dix ou quinze lieues avec leur canots dedans la riviere, où il y a une riviere[7] qui va en la demeure des Algoumequins, qui sont à quelque soixante lieues esloignez de la grande riviere, & puis ils venoient à passer cinq saults lesquels peuvent contenir du premier au dernier huict lieues, desquels il y en a deux où ils portent leur canots pour les passer : chasque sault peut tenir quelque demy quart de lieuë, où [sic] un quart au plus : Et puis ils viennent dedans un lac, qui peut tenir quelque quinze ou seize lieües de long. De là ils rentrent dedans une riviere, qui peut contenir une lieue de large, & font quelques deux lieues dedans, & puis rentrent dans un autre lac de quelque quatre ou cinq lieues de long ; venant au bout duquel ils passent cinq autres saults, distant du premier au dernier quelque [24 v.] vingt-cinq ou trente lieues, dont il y en a trois où ils portent leurs canots pour les passer ; & les autres deux ils ne le font que trainer dedans l’eau, d’autant que le cours n’y est si fort ne mauvais comme aux autres : De tous ces saults aucun n’est si dificille à passer comme celuy que nous avons veu : Et puis ils viennent dedans un lac[8] qui peut tenir quelques 80. lieues de long, où il y a quantité d’isles, & que au bout d’iceluy l’eau y est salubre, & l’hyver doux. A la fin dudict lac ils passent un sault, qui est quelque peu eslevé, où il y a peu d’eau laquelle dessend : là ils portent leurs canots par terre environ un quart de lieüe pour passer ce sault : De là entrent dans un autre lac[9] qui peut tenir quelque soixante lieuës de long, & que l’eau en est fort salubre : estant à la fin ils viennent à un destroit qui contient deux lieues de large & va assez avant dans les terres : qu’il n’avoient point passé plus outre, & n’avoient veu la fin d’un lac qui est a quelque quinze ou seize lieues d’où ils ont esté, ny que ceux qui leur avoient dit eussent veu homme qui le l’eust veu, d’autant qu’il est si grand, qu’ils ne se hazarderont pas de se mettre au large, de peur que [25 r.] quelque tourmente ou coup de vent ne les surprint : disent qu’en esté le Soleil se couche au Nort dudict lac, & en l’hyver il se couche comme au millieu ; que l’eau y est tres mauvaise, comme celle de ceste mer. Je leur demandis, si depuis cedict lac dernier qu’ils avoient veu, si l’eau descendoit tousjours dans la Riviere venant à Gaschepay, ils me dirent que non, que depuis le troisiesme lac, elle descendoit seulement venant audit Gaschepay, mais que depuis le dernier sault, qui est quelque peu haut, comme j’ay dit, que l’eau estoit presque pacifique, & que ledict lac pouvoit prendre cours par autres rivieres, lesquelles vont dedans les terres soit au Su, ou au Nort, dont il y en a quantité qui y reffluent, dont ils ne voyent point la fin. Or à mon jugement, il faudroit que si tant de rivieres desbordent dedans ce lac, n’ayant que si peu de cours audit sault, qu’il faut par necessité, qu’il reffluë dedans quelque grandissime riviere : Mais ce qui me faict croire qu’il n’y a point de riviere par où cedit lac reffluë, veu le nombre de toutes les autres rivieres qui reffluent dedans, c’est que les Sauvages n’ont veu aucune riviere qui print son cours par dedans les terres, [25 v.] qu’au lieu où ils ont esté : Ce qui me faict croire que c’est la mer du Su, estant salee comme ils disent, toutesfois il n’y faut tant adjouster de foy, que ce ne soit avec raisons apparentes, bien qu’il y en aye quelque peu : Voilà au certain tout ce que j’ay veu cy dessus, & ouy dire aux Sauvages sur ce que nous les avons interrogez.

Champlain et son équipage reprennent le chemin de Tadoussac. Le mercredi 9 juillet 1603, arrivés à l’extrémité de l’île d’Orléans, ils sont visités par un groupe autochtone venu de la rive nord. Ils interrogent « deux ou trois Algoumequins » (Anishinabegs) sur le parcours des eaux du Saint-Laurent, pour confirmer la version qu’ils avaient entendue. Les Anishinabegs décrivent alors le trajet entre les rapides de Lachine et les deux premiers grands lacs. Alors qu’ils indiquent le chemin vers le pays des Iroquois, et en vantent les qualités, ils affirment, ce qui est peu probable, ne pas savoir ce qui se trouve au nord du deuxième grand lac, par où on peut aller dans leur territoire et celui de leurs alliés.

[25 v.] […] Le Mardy ensuivant nous vinsmes à Quebec, & le [26 r.] lendemain nous feusme au bout de l’isle d’Orleans, où les Sauvages vindrent à nous, qui estoient cabannez à la grand’ terre du Nort. Nous interrogeasmes deux ou trois Algoumequins, pour sçavoir s’ils se conformeroient avec ceux qui nous avions interrogez touchant la fin & le commencement de ladite riviere de Canadas : Ils dirent comme ils l’ont figuré, que passé le sault que nous avions veu[10], environ deux ou trois lieues, il va une riviere[11] en leur demeure, qui est en la bande du Nort, continuant le chemin dans ladicte grand riviere, ils passent un sault, où ils portent leurs canots, & viennent à passer cinq autres saults, lesquels peuvent contenir du premier au dernier quelque neuf ou dix lieues, & que lesdits saults ne sont point difficiles à passer, & ne font que trainer leurs canots en la plus part desdits saults, horsmis à deux où ils les portent, de là viennent à entrer dedans une riviere, qui est comme une maniere de lac, laquelle peut contenir quelque six ou sept lieues ; & puis passent cinq autres saults, où ils trainent leurs canots comme ausdits premiers, horsmis à deux, ou [sic] ils les portent comme aux premiers ; & que du pre[26 v.]mier au dernier il y a quelque vingt ou 25. lieues : puis viennent dedans un lac[12] qui contient quelque cent cinquante lieues de long, & quelque quatre ou cinq lieues à l’entree dudit lac, il y a une riviere qui va aux Algoumequins vers le nort[13] : Et une autre qui va aux Irocois[14], par où lesdict Algoumequins & Irocois se font la guerre : Et un peu plus haut à la bande du Su dudit lac, il y a une autre riviere qui va aux Irocois : puis venant à la fin dudit lac, ils rencontrent un autre sault, où ils portent leurs canots : de là ils entrent dedans un autre tres-grand lac qui peut contenir autant comme le premier : ils n’y ont esté que fort peu dans ce dernier, & ont ouy dire qu’aucun l’aye veu : Mais que là où ils ont esté l’eau n’est point mauvaise, d’autant qu’ils n’ont point advancé plus haut : & que le cours de l’eau vient du costé du Soleil couchant venant à l’Orient, & ne sçavent si passé ledit lac qu’ils ont veu, il y a autre cours d’eau qui aille du costé de l’Occident : que le Soleil se couche à main droite dudit lac, qui est selon mon jugement au Norouest, peu plus ou moins, & qu’au [29 r.] premier lac l’eau ne gelle point, ce qui fait juger que le temps y est tempéré, & que toutes les terres des Algoumequins est terre basse, rempli de fort peu de bois, & du costé des Irocois est terre montaigneuse, neantmoins elles sont tresbonnes & fertilles, & meilleures qu’en aucun endroict qu’ils ayent veu : lesdits Irocois se tiennent à quelque cinquante ou soixante lieues dudit grand lac. Voilà au certain ce qu’ils m’ont dit avoir veu, qui ne differe que bien peu au rapport des premiers.

Le lendemain 10 juillet 1603, l’équipage approche de l’île aux Lièvres, tout juste en amont de Tadoussac, quand ils sont visités à nouveau par un groupement autochtone, dont un « jeune homme Algoumequin » (Anishinabegs) qui affirme connaître particulièrement bien la région des grands lacs. Il est questionné avec ardeur. Le jeune homme affirme que passé le premier grand lac à partir du Saint-Laurent s’étend une étendue d’eau salée dont il n’a jamais vu la fin. Il affirme après que sur le territoire d’une nation de « bons Irocois », il y a une mine de cuivre. Lui et les siens offrent de guider les Français auxdits « bons Irocois ». Comme ses confrères rencontrés à l’île d’Orléans, le jeune homme affirme ignorer ce qu’il y a passé les chutes du Niagara : affirme ignorer ce qui commence où s’ouvre son territoire. Sa pudeur à l’endroit de ses terres est contrebalancée par sa propension à mener les Français chez les Haudenosaunee, soient-ils « bons ».

[29 r.] […] Le Jeudy 10. dudit mois, nous vinsmes à quelque lieue & demie de l’isle au Lievre, du costé du Nort, où il vint d’autres Sauvages en nostre barque, entre lesquels il y avoit un jeune homme Algoumequin, qui avoit fort voyagé dedans ledits grand lac : nous l’interrogeasmes fort particulierement comme nous avions faict les autres Sauvages : il nous dit, Que passé ledict sault que nous avions veu, qu’à quelque deux ou trois lieuës, il y a une riviere qui va ausdicts Algoumequins, ou ils sont cabannez, & qu’allant en ladicte grand riviere il y a cinq saults, qui peuvent [29 v.] contenir du premier au dernier quelque huict ou neuf lieües, dont il y en a trois où ils portent leurs canots, & deux autres où ils les trainent : que chacun desdicts saults peut tenir un quart de lieuë de long, puis viennent dedans un lac qui peut contenir quelques quinze lieues. Puis ils passent cinq autres saults, qui peuvent contenir du premier au dernier quelques vingt a vingt cinq lieues, où il n’y a que 2. desdicts saults qu’ils passent avec leurs canots, aux autres trois ils ne les font que trainer. De là ils entrent dedans un grandissime lac[15], qui peut contenir quelques trois cents lieues de long : Advançant quelques cent lieues dedans ledict lac, ils rencontrent une isle qui est fort grande, où au delà de ladicte isle, l’eau est salubre ; mais que passant quelque cent lieues plus avant, l’eau est encore plus mauvaise arrivant à la fin dudict lac, l’eau est du tout salee : Qu’il y a un sault[16] qui peut contenir une lieue de large, d’où il dessend un grandissime courant d’eau dans ledit lac. Que passé ce sault, on ne voit pl’ [sic] de terre, ny d’un costé ne d’autre, sinon une mer si grande, qu’ils n’en ont point veu la fin, ny ouy dire qu’aucun l’aye veue : Que le So[27 r.]leil se couche à main droite dudict lac, & qu’a son entree il y a une Riviere qui va aux Algoumequins[17] & l’autre aux Irocois[18], par où ils se font la guerre. Que la terre des Irocois est quelque peu montaigneuse, neantmoins fort fertille, où il y a quantité de bled d’Inde, & autres fruicts qu’ils n’ont point en leur terre : Que la terre des Algoumequins est basse & fertille. Je leur demandis s’ils n’avoient point congnoissance de quelques mines, ils nous dirent, Qu’il y a une nation, qu’on appelle les bons Irocois, qui viennent pour troquer des marchandises, que les vaisseaux François donnent aux Algoumequins, lesquels disent qu’il y a à la partie du Nort une mine de franc cuivre, dont il nous en ont monstré quelques brasselets qu’ils avoient eu desdicts bons Irocois : Que si l’on y voulloit aller, ils y meneroient ceux qui seroient depputez pour cest effect. Voylà tout ce que j’ay peu apprendre des uns & des autres, ne se differant que bien peu, sinon que les seconds qui furent interrogez, dirent n’avoir point beu de l’eau salee, aussi ils n’ont pas esté si loing dans ledict lac comme les autres, & different quelque peu du chemin, les uns le faisant [27 v.] plus court, & les autres plus long : De façon que selon leur rapport, du sault où nous avons esté, il y a jusques à la mer salee, qui peut estre celle du Su, quelque 400. lieües : sans doute, selon leur rapport, ce ne doit estre autre chose que la mer du Su, le Soleil se couchant où ils disent.

Trois jours plus tard, le 13 juillet 1603, entre Tadoussac et Gaspé, l’équipage rencontre à nouveau un groupe autochtone, sans doute des Mik’maq, s’en allant troquer des peaux et d’autres marchandises.   

[27 v.] […] Le treiziesme jour dudisct mois, nous rencontrasmes une troupe de Sauvages qui estoient cabannez du costé du Su, presque au millieu du chemin de Tadousac à Gachepay, leur Sagamo qui les menoit s’ap[29 r.]pelle Armouchides, qui est tenu pour l’un des plus advisez & hardis qui soit entre les Sauvages : il s’en alloit à Tadousac pour troquer des flesches, & chairs d’Orignac, qu’ils ont pour Castors & Martres des autres Sauvages Montaignez Estechemains & Algoumequins[19].

Trois jours plus tard, le 15 juillet 1603, ils atteignent Percé. L’auteur s’emploie à décrire les diverses routes hydrographiques dont lui ont parlé des autochtones, qui vont entre les territoires actuels de la Gaspésie et du Nouveau-Brunswick (alors appelé Acadie par les Français). Champlain cherche à situer une mine de cuivre où serait allé le Malouin, Jean Sarcel de Prévert.   

[29 v.] […] Passant L’isle percee, il y a une baye qui s’appelle la baye de Chaleurs, qui va comme à l’Ouest Sorouest, quelques quatre-vingts lieues dedans les terres, contenant de large en son entree quelques quinze lieues : Les Sauvages[20] Canadiens disent, qu’à la grande riviere de Canadas, environ quelques soixante lieues, rengeant la coste du Su, il y a une petite riviere qui s’appelle Mantanne, laquelle va quelques dixhuict lieues dans les terres, & estans au bout d’icelle ils portent leurs canots environ une lieue par terre, & se viennent rendre à ladite baye de Chaleurs, par où ils vont quelquesfois à l’isle percee : Aussi ils vont de ladicte baye à Tregate & Misamichy[21]. Continuant ladite coste, on renge quantité de rivieres, & vient-on à un lieu où il y a une riviere qui s’appelle Souricoua, où le Sieur Prevert a esté pour descouvrir une mine de cuivre. Ils vont avec leurs canots dans ceste riviere deux ou trois jours, puis ils traversent quelques deux ou trois lieues de terre, jusques à ladite mine, qui est sur le bord de la mer du costé [30 r.] du Su : A l’entree de ladite riviere, on trouve une isle environ une lieue dans la mer, de ladicte isle jusques à l’isle percee, il y a quelques soixante ou septante lieues, puis continuant ladite coste qui va devers l’Est on rencontre un destroit qui peut tenir deux lieues de large, & vingt cinq de long. Du costé de l’Est est une isle qui s’appelle sainct Laurens[22], où est le cap Breton, & où une nation de Sauvages appellez les Souricois[23] hivernent. Passant le destroit de l’isle de sainct Laurens, costoyant la coste d’Arcadie, on vient dedans une baye qui vient joindre ladicte mine de cuivre. Allant plus outre, on trouve une riviere qui va quelques soixante ou quatre-vingts lieues dedans les terres, laquelle va proche du lac des Irocois, par où lesdicts Sauvages de la coste d’Arcadie leur vont faire la guerre : Ce seroit un grand bien qui pourroit trouver à la coste de la Floride quelque passage qui allast donner proche du susdict grand lac, où l’eau est sallee, tant pour la navigation des vaisseaux, lesquels ne seroient subjects à tant de perils comme ils sont en Canadas, que pour l’accourcissement du chemin de plus de trois cens lieues. Et est tres cer[30 v.]tain qu’il y a des rivieres en la coste de la Floride que l’on n’a point encores descouvertes, lesquelles vont dans les terres, où le pays y est tres-bon & fertille, & de fort bons ports. Le pays & coste de la Floride peut avoir un autre temperature de temps, plus fertille en quantité de fruicts, & autres choses que celuy que j’ay veu : mais il ne peut y avoir des terres plus unies ny meilleures que celles que nous avons veuës. Les Sauvages disent qu’en ladite grand baye de Chaleurs il y a une riviere qui va quelques vingt lieues dans les terres, où au bout est un lac qui peut contenir quelques vingt lieues, auquel il y a fort peu d’eau, qu’en Esté il affeiche, auquel ils trouvent dans la terre environ un pied ou pied & demy une maniere de metail qui ressemble à de l’argent que je leur avois monstré, & qu’en un autre lieu proche dudit lac il y a une mine de cuivre. Voilà ce que j’ay appris desdicts Sauvages.

Le 3 août 1603, l’équipage aborde à nouveau au port de Tadoussac, où il retrouve le groupe de guerriers autochtones rencontrés, à la fin du mois de juin 1603, à l’embouchure de la rivière Richelieu (« riviere des Irocois »). Champlain rapporte indirectement le récit qu’ils lui font de leur excursion guerrière près du lac Champlain.

[33 r.] Arrivant à Tadousac nous trouvasmes les Sauvages que nous avions rencontrez en la riviere des Irocois, qui avoient faict rencontre au premier lac, de trois Canots Irocois, lesquels se battirent contre dix autres de Montaignez, & apporterent les testes des Irocois à Tadousac, & n’y eust qu’un Montaignez blessé au bras d’un coup de fleche, lequel songeant quelque chose, il falloit que tous les dix autres le meissent en execution pour le rendre content, croyant aussi que sa playe s’en doit mieux porter. Si cedict Sauvage meurt, ses parens vengeront sa mort, soit sur leur nation, ou sur d’autres, ou bien il faut que les Capitaines facent des presens aux parens du deffunct, à fin qu’ils soient contens, ou autrement, comme j’ay dit, ils useroient de vengeance, qui est une grande meschanceté entre eux.

Treize jours plus tard, le 16 août 1603, l’équipage se réembarque pour Percé, où ils arrivent deux jours plus tard. Là, Champlain retrouve Jean Sarcel de Prévert revenant de la mine de cuivre. Celui-ci raconte à Champlain comment il a été guidé là par des Souriquois ainsi que les « peines » encourues pour s’y rendre à cause de la peur qu’auraient éprouvée ses guides envers les « Armouchicois ». Suit une description de ces derniers présentés comme des monstres. Les Souriquois ont parlé aussi à Prévert d’autres mines situées au sud, dont une où les Français espèrent trouver de l’argent et d’autres encore plus au sud, où ils « n’oseraient » aller sans les Français.  

[34 r.] […] Le seiziesme jour d’Aoust, nous partisme de Tadousac, & le 18. dudit mois arrivasme à l’isle percee, où nous trouvasme le sieur Prevert de sainct Malo, qui venoit de la mine où il avoit ésté avec beaucoup de peine pour la crainte que les Sauvages avoient de faire rencontre de leurs ennemis qui sont les Armouchicois, lesquels sont hommes Sauvages du tout monstrueux pour la forme qu’ils ont : car leur teste est petite, & le corps court, les bras menus comme d’un schelet, & les cuisses semblablement : les jambes grosses & longues, qui sont toutes d’une venue, & quand ils sont assis sur leurs talons, les genoux leur passent plus d’un demy pied par dessus la teste, qui est chose estrange, & semblent estre hors de nature : Ils sont neantmoins fort dispos, & determinez : & sont aux meilleures terres de toute la coste d’Arcadie : Aussi les Souricois les craignent fort. Mais avec l’asseurance que ledit Sieur de Prevert leur donna, il les mena jusques à ladite mine, il les mena jusques à ladite mine, où les Sauvages le guiderent : C’est une fort haute montaigne advançant quelque peu sur la mer, qui est fort reluisante au Soleil, où il y a quantité de verd de gris qui procede de ladite mine de cuivre. […] [34 v.] […] Passans trois ou quatre lieues plus outre tirant à la coste d’Arcadie, il y a une autre mine, & une petite riviere qui va quelque peu dans les terres, tirant au Su, où il y a une montaigne qui est d’une peinture noire, dequoy se peignent les Sauvages : puis à quelque six lieues de la seconde mine, en tirant à la mer environ une lieue proche de la coste d’Arcadie, il y a une isle où se trouve une maniere de metail qui est comme brun obscur, le couppant il est blanc, dont canciennement ils usoient pour leurs fleches, & cousteaux, qu’ils battoiët avec des pierres, ce qui me faict croire, que ce n’est estain, ny plomb, estant si dur comme il est, & leur ayant monstré de l’argent, ils dirent que celuy de ladite isle est semblable, lequel ils trouvent dedans la terre, comme à un pied ou deux. Ledict Sieur Prevert a donné aux Sauvages des coins & cizeaux, & autres choses necessaires pour tirer de ladicte mine, ce qu’ils ont promis de faire, & l’annee qui vient d’en apporter, & le donner audict sieur Prevert. Ils disent aussi qu’à quelques cent ou [35 r.] 120. lieües, il y a d’autres mines, mais ils n’osent y aller, s’il n’y a des François parmy eux pour faire la guerre à leurs ennemis qui la tiennent en leur possession.

Dans le dernier chapitre, Champlain relate une histoire qu’il a entendue maintes fois à propos d’un « monstre » nommé « Gougou », qui habiterait une île près de la baie des Chaleurs. Il mentionne que Jean Sarcel de Prévert, en se rendant à la mine mentionnée, a entendu des sifflements que ses alliés autochtones ont interprété comme les bruits de la bête, qui les ont mis dans une peur sans pareil. Cette histoire fait penser à Champlain que « quelque Diable » doit rôder le territoire. Enfin, avant de relater le chemin du retour, l’auteur fait l’inventaire des individus autochtones qu’on a embarqués pour la France.

[35 v.] Il y a encore une chose estrange digne de reciter, que plusieurs Sauvages m’ont asseuré estre vray ; C’est que proche de la baye de Chaleurs tirant au Su, est une isle, où fait residence un monstre espouvantable, que les Sauvages appellent Gougou, & m’ont dit qu’il avoit la forme d’une femme : mais fort effroyable, & d’une telle grandeur, qu’ils me disoient que le bout des mats de nostre vaisseau ne luy fust pas venu jusques à la ceinture, tant ils le peignent grand : & que souvent il a devoré & [36 r.] devore beaucoup de Sauvages, lesquels il met dedans une grand poche quant il les peut attraper & puis les mange : & disoient ceux qui avoient esvité le peril de ceste malheureuse beste, que sa poche estoit si grande, qu’il y eust peu mettre nostre vaisseau : Ce monstre fait des bruits horribles dedans ceste isle, que les Sauvages appellent le Gougou : Et quand ils en parlent ce n’est que avec une peur si estrange, qu’il ne se peut dire de plus, & m’ont asseuré plusieurs l’avoir veu : Mesme ledit sieur Prevert de sainct Malo en allant à la descouverture des mines ainsi que nous avons dit au chapitre precedent, m’a dit avoir passé si proche de la demeure de ceste effroyable beste, que luy & tous ceux de son vaisseau entendoient des sifflements estranges du bruit qu’elle faisoit : & que les Sauvages qu’il avoit avec luy, luy dirent, que c’estoit la mesme beste, & avoiët une telle peur, qu’ils se cachoient de toutes parts, craignant qu’elle fust venüe à eux pour les emporter : & qui me faict croire ce qu’ils disent : C’est que tous les Sauvages en general la craignent & en parlent si estrangement, que si je mettois tout ce qu’ils en disent, l’on le tiendroit pour fables : mais je tiens que ce soit la residence de quelque Diable qui [36 v.] les tourmente de la façon. Voilà ce que j’ay apprins de ce Gougou. Premier que partir de Tadousac, pour nous en retourner en France, un des Sagamo des Montagnez nomme Bechourat, donna son fils au sieur du Pont pour l’emmener en France, & luy fut fort recommandé par le grand Sagamo Anadabijou, le priant de le bien traiter, & luy faire voir ce que les autres deux Sauvages que nous avions remenez avoient veu, Nous leur demandasmes une femme des Irocois qu’ils vouloient manger laquelle ils nous donnerent, & l’avons aussi amenée avec ledit Sauvage. Le sieur de Prevert a aussi amené quatre Sauvages : Un homme, qui est de la coste d’Arcadie, une femme & deux enfans des Canadiens. Le 24. jour d’Aoust nous partismes de Gachepay, le vaisseau dudit sieur Prevert & le nostre […].


[1] Raymonde Litalien, « Samuel de Champlain », dans Réal Bélanger et John English, Dictionnaire biographique du Canada / Dictionary of Canadian Biography, Université Laval et Université de Toronto, en ligne : https://www.biographi.ca/fr/bio/champlain_samuel_de_1F.html, § 15).

[2] La Baie d’Hudson

[3] Le lac Saint-Jean (Pekuakami)

[4] D’ouest en est, les rivières Ashuapmushan, Mistassini et Péribonka.

[5] Le lac Huron (Naadowewi-gichigami en langue anishinabeg (à partir d’ici, nous nous servirons des toponymes anishinabeg pour désigner les grands lacs en langue autochtone)).

[6] Les chutes du Niagara. Il comprend à tort qu’un débit d’eau modeste passe entres les lacs Érié (Waabishkiigoo-gichigami) et Ontario (Niigaani-gichigami).

[7] La rivière des Outaouais (Gichi-ziibi) qui mène au territoire anishinabeg (algoumequin).

[8] Le lac Ontario (Niigaani-gichigami).

[9] Le lac Érié (Waabishkiigoo-gichigami).

[10] Les rapides de Lachine.

[11] La rivière des Outaouais (Gichi-ziibi).

[12] Le lac Ontario (Niigaani-gichigami).

[13] On parle sans doute du passage reliant les villes actuelles de Kingston et d’Ottawa, par les rivières Cataraqui et Rideau.  

[14] Les Haudenosaunee. Ils parlent peut-être du chemin menant vers l’actuelle ville de New York par les rivières Oswego et Mohawk.

[15] Le lac Ontario (Niigaani-gichigami).

[16] Les chutes du Niagara

[17] Comme dans l’extrait précédent, on parle sans doute du passage reliant les villes actuelles de Kingston et d’Ottawa, par les rivières Cataraqui et Rideau. 

[18] Les Haudenosaunee. Comme dans l’extrait précédent, il parle peut-être du chemin menant vers l’actuelle ville de New York par les rivières Oswego et Mohawk.

[19] Dans le même ordre : Innus, Wolastoqiyik et Anishinabegs.

[20] Sans doute appartenant à la nation Mi’gmaq.

[21] L’actuelle ville de Miramichi au Nouveau-Brunswick.

[22] Actuellement l’île de Cap Breton.  

[23] Des Mi’gmaqs.